Martyrs du XXe siècle
Le mot « martyr » désigne la personne qui a connu l’acte du martyre et vient du grec martus, qui signifie « témoin ».
Pour l’Église, le martyr est un « témoin particulier ». « Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu’à la mort » nous dit le catéchisme de l’Église catholique.
Dans ce dossier, introduit par Didier Rance, diacre et directeur de l’AED (l’Aide à l’Église en Détresse) pour la France, des portraits de martyrs, connus ou inconnus, de toutes origines, nous rappellent qu’« au terme du deuxième millénaire, l’Église est devenue à nouveau une Église de martyrs » (Jean-Paul II).
La mémoire des martyrs du XXe siècle a constitué un des trois axes spécifiques du récent Jubilé de l’an 2000. Mais s’agit-il seulement de mémoire ? Non, « par leur exemple, ils nous montrent et nous aplanissent la route de l’avenir » (Tertio Millenio Inneunte).
Quand nous parlons de martyrs ou de persécution, il faut d’abord changer notre regard : les épreuves à cause de la foi sont une dimension essentielle et permanente de la condition de disciple de Jésus-Christ. Leurs formes peuvent changer, violentes ou feutrées, ouvertes ou masquées, extérieures ou intérieures, mais pas nos sentiments, comme nous le dit Sainte Thérèse de Lisieux. Il n’y a qu’un seul Évangile, un seul christianisme et « tous doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes et à le suivre sur le Chemin de la Croix, au milieu des persécutions qui ne manquent jamais à l’Église » (Lumen Gentium, 42).
Ce qu’ont vécu ou vivent encore les martyrs et les confesseurs de la foi peut paraître bien éloigné de ce que nous vivons (nous ne risquons pas de voir notre église bombardée dimanche prochain, ni d’être arrêtés à la sortie de la messe). Et pourtant, plus on les connaît, plus on découvre combien leurs vies sont comme les nôtres, en ceci que les ressorts de leur témoignage sont les mêmes que pour nous : s’efforcer de faire de notre vie ce « cinquième évangile, que tous peuvent lire » (frère Henri Vergès, martyr d’Algérie). Leur exemple nous dit qu’être chrétien, vouloir suivre Jésus-Christ, est partout exigeant - osons le mot : crucifiant - et partout si formidable à vivre qu’à choisir cela vaut toujours la peine de le préférer à sa propre vie, que ce soit sous une menace de mort ou dans les choix quotidiens de nos existences. Et c’est pourquoi les Églises persécutées sont des Églises certes souffrantes et qui ont besoin de notre soutien, mais surtout des Églises vivantes, qui n’attendent pas tant que nous les plaignions que nous ne les aidions à continuer leur témoignage de foi et de vie chrétienne, et d’abord en donnant le nôtre là où nous vivons.
Didier Rance
Le lourd tribut du XXème siècle
Sur les 40 millions de martyrs recensés depuis le début de l’ère chrétienne, plus de 26 millions d’hommes et de femmes seraient morts au XXe siècle par fidélité au Christ. Ils viennent de tous les continents, souvent victimes du nazisme, du communisme ou martyrs pour la justice sociale.
• En Afrique, les missionnaires ont payé le tribut le plus lourd pour le témoignage de leur foi, au long de ce siècle. En Algérie, on se souvient de l’assassinat des moines de Thibirine, en 1996, et bien d’autres religieux et religieuses ont témoigné, jusqu’au bout, de leur amour de l’Église et du peuple souffrant au milieu duquel ils vivaient.
• Au Moyen-Orient, deux peuples chrétiens ont subi un génocide pour des raisons culturelles et religieuses : le peuple arménien durant la première guerre mondiale et le peuple assyro-chaldéen au début des années 1930. La guerre du Liban n’était pas une guerre religieuse mais des chrétiens ont donné leur vie pour la foi.
• En Asie, les cas de la Chine, de la Corée du Nord et des pays de la péninsule Indochinoise ressortent de la persécution communiste athée. Les martyrs sont encore nombreux, surtout en Chine. Ailleurs, particulièrement en Inde ou au Pakistan, les martyrs chrétiens ont surtout été des missionnaires ou des chrétiens victimes de l’intolérance religieuse.
• En Amérique, la persécution antireligieuse au Mexique, durant les années de guerre civile, de 1926 à 1938, a été la cause du martyre de nombreux chrétiens. Parce qu’ils annonçaient l’Évangile, des missionnaires et d’autres chrétiens ont été assassinés par les guérillas marxistes ou les groupes paramilitaires du pouvoir en place. En Colombie, au Brésil, au Guatémala, les chrétiens sont encore victimes de groupes terroristes.
• En Europe, les deux grandes persécutions contre les chrétiens sont dues aux idéologies nazie et marxiste-léniniste, qui prétendaient se substituer aux racines chrétiennes du continent. Dans la plupart des pays d’Europe, il y eut des hommes et des femmes qui ont refusé de pactiser avec la barbarie. En 1999, l’exemple douloureux du Kosovo est encore bien vivant dans nos mémoires. Avec plus ou moins de violence la persécution a touché tous les pays sous domination communiste. Certaines églises ont été exterminées.
A.-F. A.
Extraits du discours de Jean-Paul II
à l’occasion de la commémoration Å“cuménique des témoins de la foi du XXe siècle
« Très chers frères et sÅ“urs !
[...]
Le siècle qui vient de s’écouler a été traversé d’ombres obscures ; mais parmi celles-ci se détachent de splendides lumières. Un grand nombre d’hommes et de femmes, de chrétiens de toutes confessions, races et âges, ont témoigné de la foi face à de dures persécutions, en prison, au milieu de privations de tout genre, et beaucoup d’entre eux ont également versé leur sang pour rester fidèles au Christ, à l’Église, à l’Évangile.
C’est la même lumière que celle de Pâques qui resplendit en eux : c’est de la résurrection du Christ, en effet, que les disciples reçoivent la force de suivre le Maître à l’heure de l’épreuve. [...]
Faire mémoire des témoins héroïques de la foi du vingtième siècle signifie préparer l’avenir, en assurant de solides bases à l’espérance. Les nouvelles générations doivent savoir le prix qu’a coûté la foi qu’ils ont reçue en héritage, pour recueillir avec gratitude le flambeau de l’Évangile et illuminer avec celui-ci le nouveau siècle et le nouveau millénaire.
[...]
L’amour jusqu’au sacrifice purifie les Églises de ce qui peut freiner et ralentir le chemin vers la pleine unité.
Parmi les lumières des disciples héroïques du Christ brille d’une splendeur singulière celle de Marie, Vierge fidèle, Martyre sous la Croix. Du fiat de Nazareth à celui du Calvaire, toute son existence fut modelée par l’Esprit Saint sur celle de son Fils, en rendant témoignage à Dieu le Père et à son amour miséricordieux.
Dans la première Communauté de Jérusalem, Marie représentait la mémoire vivante de Jésus, de son incarnation, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Chaque croyant et chaque communauté chrétienne, à l’heure de l’épreuve, trouve soutien et réconfort dans la Sainte Vierge. »
7 mai 2000
Marcel Touquet
Parmi les dossiers personnels de 50 candidats à la béatification pour la persécution qu’ils ont subie jusqu’à la mort, en vertu du décret nazi du 3 décembre 1943 contre l’apostolat catholique français, se trouve celui de Marcel Touquet, jociste de Clichy.
Mgr Molette, postulateur de la cause, a recueilli et publié dans son ouvrage Martyrs de la résistance spirituelle, une série de documents qui permettent de découvrir cette belle figure d’apôtre. Jeune magasinier à Clichy, engagé dans la JOC, Marcel y prend des responsabilités fédérales et travaille avec l’abbé Godin. Alors qu’il attend son premier enfant, il est désigné pour partir en Allemagne, fin 1942. Il prend une part active dans le lancement et le développement de l’Action catholique clandestine à Berlin. Avec ses compagnons, Marcel évangélise les camps de jeunes Français du STO, livrés à la double propagande nazie et collaborationniste. Pour l’aumônier clandestin du groupe, « il exerçait une très forte influence sur ses camarades... J’ai toujours admiré la foi rayonnante de Marcel, sa générosité, sa bonté, son courage ».
Le 25 août 1944, il est arrêté par la Gestapo. Il refuse de trahir les autres responsables de l’apostolat clandestin. Le 24 septembre, il est déporté au camp de Sachsenhausen, puis à Ravensbruck et enfin sur la Baltique. Gravement malade, Marcel continue à donner un témoignage exemplaire, « celui d’un homme doux, bon, en désarroi devant tant de méchanceté, ne voyant même pas les coups arriver », selon un de ses compagnons de captivité.
Trop affaibli pour pouvoir continuer à travailler, Marcel Touquet est abandonné en pleine forêt, avec 300 autres malades dans des wagons cadenassés de l’extérieur, et y meurt vers le 25 février 1945.
Daphrose et Cyprien Rugamba
Daphrose et Cyprien Rugamba, un couple chrétien, luttent depuis des années pour la réconciliation entre Hutus et Tutsis au Rwanda. Cyprien est un artiste connu. Voilà des cibles désignées pour les tueurs, pendant le génocide du Rwanda, en 1994. Avec six de leurs enfants, ils seront abattus alors qu’ils prient devant le Saint-Sacrement.
Croix pectorale de Mgr Daucourt
Mgr Daucourt porte habituellement comme croix pectorale celle du moine orthodoxe André, fusillé dans la prison de Novgorod en 1927, comme tant d’autres en ces périodes terribles où la consigne de Lénine lui-même spécifiait : « Fusillez, fusillez ».
Cachée par des chrétiennes orthodoxes, cette croix avait été confiée à Petite SÅ“ur Magdeleine, fondatrice des Petites SÅ“urs de Jésus, lors d’une de ses visites en ex-URSS. Les Petites SÅ“urs de Jésus l’ont offerte à notre évêque pour son ordination épiscopale. Séjournant à Moscou en 1993, Mgr Daucourt a pu retrouver une des personnes qui avait gardé précieusement la croix du moine martyr, au temps du communisme.