Diocèse de Nanterre
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Novembre 2005 - n°315

 La loi de 1905 : 100 ans après

La Loi et la vie

Nous célébrons donc l’anniversaire d’une respectable centenaire. La loi du 9 décembre 1905 a consacré pour notre pays le principe de laïcité en lui donnant un cadre législatif. Votée dans un climat d’intense confrontation ente l’État et l’Église catholique, elle a progressivement été appliquée avec pragmatisme et un grand souci des libertés publiques. Après un premier « blocage » catholique concernant les associations cultuelles prévues par la loi, un « modus vivendi » s’est peu à peu instauré, permettant l’articulation entre la législation républicaine et les règles canoniques que l’Église se donne pour sa propre organisation. Cette adaptation mutuelle s’est révélée largement bénéfique aux communautés catholiques, y compris sur le plan matériel.

Cependant, au-delà des aménagements juridiques, c’est bien l’évolution des esprits qui est à saluer. L’État a ainsi largement abandonné sa crainte d’une emprise religieuse sur la vie publique : l’anti-cléricalisme de combat, s’il existe toujours, ne semble plus inspirer que des groupes idéologiques minoritaires. Les catholiques, eux-mêmes, ont cessé de vouloir régenter la vie nationale ou de se dresser en contre-société. Ils ont redécouvert que l’idée de laïcité plongeait aussi ses racines dans la doctrine évangélique : ne faut-il pas, selon la Parole de Jésus, « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ? » Le Concile Vatican II a expressément développé une théologie de « l’autonomie des réalités terrestres », utilisant les notions d’indépendance, d’autonomie et de coopération pour caractériser les relations de l’Église avec la communauté politique.

Les catholiques sont aussi de plus en plus conscients qu’ils n’occupent pas à eux seuls tout le paysage religieux de notre pays. Déjà, la loi de 1905 « concernant la séparation des Églises et de l’État » touchait aussi d’autres Églises chrétiennes, de même que la confession israélite. Mais l’évolution plus récente de la société française a encore élargi notre mosaïque religieuse, y manifestant la forte présence de l’Islam, ou encore le rayonnement spirituel du Bouddhisme. Dans ce contexte désormais très pluraliste, nous comprenons bien qu’une laïcité attentive et ouverte est plus que jamais d’actualité, mais que son application doit être sans cesse retravaillée selon l’évolution du paysage confessionnel.

Car au-delà de la loi... il y a la vie ! Au-delà des grands principes de non-confessionnalité et de liberté, il y a une laïcité du quotidien. A l’école, à l’hôpital et jusqu’en prison même, le fait religieux se présente, les besoins spirituels du cÅ“ur humain s’expriment et l’Évangile ne peut être mis sous le boisseau ! Comment y faire honneur tout en respectant la nécessaire neutralité de l’espace public ? Les témoignages de ce dossier nous font entrevoir les enjeux très concrets de ce défi. C’est un chantier ouvert qui nous concerne tous, il est passionnant comme tout ce qui touche à Dieu et à l’homme !

Père Didier Berthet,
vicaire épiscopal du secteur Sud