La nuit avec les prostitués transsexuels du Bois de BoulogneDepuis quelques années, l’association parisienne « Aux captifs la libération » a une antenne à Boulogne, constituée de quelques paroissiens de Sainte-Cécile et du Père Jean-Philippe Chauveau, frère de Saint-Jean. Bientôt, un lieu d’accueil s’ouvrira à Boulogne. La Providence ne vous mène pas nécessairement là où vous voudriez être. Ce matin, 1h30, je redescends une des allées principales du Bois de Boulogne. Il pleut, nous venons de passer deux heures à la rencontre d’une cinquantaine de prostitués. Nous sommes une équipe de trois ou quatre bénévoles de l’association « Aux captifs la libération » et nous sommes vidés. Demain, je vivrai encore avec eux une bonne partie de la journée : même au bout de trois ans, il est impossible de s’habituer à voir et à entendre de telles souffrances. Car à la blessure propre à la prostitution vient se rajouter un trouble profond de l’identité sexuelle. Déchéance ultime que cette blessure qui casse le lieu même où la vie est donnée, où la Vie se donne. “Aux captifs la libération” L’association « Aux captifs la libération » est une association chrétienne, de droit diocésain, fondée par le Père Giros. Elle a pour but de rencontrer les gens de la rue, de les regarder comme le Christ les regarde, sans rien leur donner d’autre que le témoignage de notre amitié car le Christ nous aime et les aime. [...] Les regarder comme le Christ les regarde Je ne suis pas sûr de savoir les regarder comme le Christ regarde mais je suis sûr de son amour pour moi. Et c’est comme cela que je veux regarder les gens de la rue : comme le Christ me regarde moi. Sans la prière, sans cette pratique quotidienne de l’intimité avec Jésus, je crois qu’aucun d’entre nous ne pourrait durer. La prière devant Jésus lui-même, avant de partir, nous autorise un vrai regard d’espérance. Et ce regard sur les personnes a des effets immédiats surprenants : lorsque nous rencontrons une personne sur le trottoir pour la première fois, très souvent, elle s’excuse de sa tenue, se rhabille tant bien que mal et nous rassure : « je ne suis pas une pute ». Et c’est vrai : avec nous, ce ne sont pas des prostitués car le Christ libère du péché et de la condamnation instantanément et sans condition. Ce regard d’espérance reconstruit immédiatement. Il ne condamne pas, il libère. Extraits du témoignage d’Éric Drouin, |