Dans les rues de nos villes, vivent ou plutôt survivent des hommes, des
femmes, des enfants dont les corps sont marqués par la précarisation,
la désocialisation, la prostitution, la toxicomanie, ...
Dans tous les cas, poser son regard sur ces personnes, c’est y lire la souffrance
qui touche toutes les dimensions de l’être : physique, psychique, relationnelle
et spirituelle.
Ces personnes suscitent généralement des sentiments mêlés
: la peur, le jugement, le dégoût, l’impuissance, la culpabilité,...
Les violences et la folie de la rue n’habitent-elles pas aussi nos cÅ“urs
; ces détresses dans la ville ne sont-elles qu’étrangères
à nous, ou constituent-elles aussi un mal commun, partagé par
tous ?
Des chrétiens peuvent témoigner de signes du passage du Christ
chez certains de ces exclus. Ils ne s’arrêtent pas aux apparences, ils
cherchent Dieu au travers de ceux qui les entourent ; ils passent des pauvres
qui font peur aux pauvres signes de la présence du Christ, des pauvres
qui gênent aux pauvres appelés eux-aussi à la sainteté.
Le service des pauvres est un incessant appel à
la conversion, comme une invitation à une rencontre avec le Christ qui
s’est fait pauvre.
Le Royaume de Dieu n’est pas de ce monde, mais il est proche, au milieu de nous,
et c’est l’Église qui porte cette promesse aujourd’hui ; elle porte les
signes de la vie, les sacrements du salut ; elle transmet en particulier le
pardon de Dieu et la communion à Jésus-Christ.
Le temps est donné de chercher Dieu et en particulier de le reconnaître
dans les plus pauvres.
Les chrétiens sont appelés à porter indignement un mystère
qui leur échappe : l’Église se construit avec les pauvres en son
coeur.
Jean-Guilhem Xerri (Aux captifs la libération)
Article paru dans EHS n°313 - Juillet 2005