La loi et les institutions publiques ont, cette année,
encadré les pratiques des soignants concernant la fin de vie. Il était
temps !
L’absence de repères entraînait des conduites interdites par la
loi et en tout cas des attitudes inconfortables pour tous. Il s’agissait, non
pas de quelques cas d’euthanasie généralement réprouvée,
mais surtout de limitation ou d’arrêt de soins vécus dans la clandestinité
et confondus avec des actes d’euthanasie.
La loi clarifie ces attitudes. Plutôt qu’une "obstination déraisonnable",
la possibilité de laisser mourir un patient lorsque la fin est devenue
inéluctable est maintenant reconnue sans se voir reprocher une absence
de secours à personne en danger. Ceci est possible dans un contexte bien
précis : accord du malade et de la famille, transparence, collégialité
de la décision.
Par ailleurs, accepter la mort inéluctable, c’est
aussi protéger la vie jusqu’à son terme. Au moment
où la loi autorise l’arrêt de soin, l’Agence Nationale pour l’Accréditation
et l’Évaluation en Santé (ANAES)
publie des recommandations pour accompagner les malades
en fin de vie et leur famille, renforçant ainsi l’importance des soins
palliatifs.
Cette reconnaissance "réaliste" des pratiques en fin de vie
ne heurte pas la conscience du médecin chrétien, bien au contraire...
Mais elle incite à se poser de nouvelles questions sur nos pratiques
:
- L’obstination déraisonnable peut-elle être juste, considérant
qu’elle exige des soins qui n’ont plus de sens au détriment d’une justice
distributive ?
- La sédation terminale (sédatifs et morphine à forte dose)
est-elle un soulagement des souffrances du malade ou parfois une manière
d’abréger ses jours ?
- L’obscurcissement systématique de la conscience dans les derniers instants
est-elle toujours nécessaire ?
- En phase terminale, l’alimentation et l’hydratation artificielles, lorsqu’elles
ne font que prolonger l’agonie sont-elles souhaitables ? Leur arrêt est-il
alors licite ?
Dr Gérard Bleichner
Article paru dans EHS n°313 - Juillet 2005