Diocèse de Nanterre
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Novembre 2005 - n°315

 Message de l’évêque



Cris

Le cri détonant d’un tribunal

La voleuse a quatre ans. Elle aurait volé de l’affection. Parce qu’elle est trisomique, ses parents lui en ont donné davantage qu’à leurs deux autres enfants de sept et douze ans. Parce que « le temps consacré par la mère l’a été au détriment des deux frères » et parce que ceux-ci ont été « témoins de la souffrance de leurs deux parents », ils recevront 12 800 euros de dommages et intérêts. Cette somme sera versée par l’assurance du gynécologue qui n’avait pas décelé la trisomie de l’enfant au cours de la grossesse. Ainsi en a décidé le Tribunal de Grande Instance de Reims en juillet dernier. Cette petite handicapée vit par une erreur de diagnostic. Selon une pratique très répandue et admise par une large partie de l’opinion, on aurait dû lui ôter la vie dans le sein de sa mère. Pour moi, ce n’est pas le gynécologue qui est condamné, mais cette petite fille, parce qu’elle vit et parce qu’à cause de son handicap, elle a eu besoin de plus d’amour et de soins. La vie d’innocents handicapés et leur besoin d’amour plus grand seraient donc condamnables. Les faibles, les pauvres, les précaires de toutes sortes nous dérangent et nous voleraient de l’amour. On en déduit qu’il faut les exclure. Cette logique produit ses effets pervers dans notre société et touche des handicapés, beaucoup de personnes âgées, des malades, des étrangers sans papiers, et tant d’autres. Je constate une nouvelle fois le climat culturel actuel et son anesthésie des consciences, avec les perversions qu’elle engendre. Courageusement, ramons à contre-courant. Continuons par tous les moyens de donner la priorité aux faibles et de les combler d’un surplus d’amour. Nous imitons ainsi le Christ, notre unique modèle.

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Le cri douloureux d’une mère

Le 8 septembre dernier (fête de la Nativité de la Vierge), une maman m’a écrit. Il y a plus de cinquante ans, ses trois premières filles sont devenues rapidement et très gravement handicapées dès leur tout jeune âge, à cause d’un médicament pris pendant trois grossesses rapprochées. Cette maman m’a donné son accord pour publier sa lettre parce que, m’a-t-elle dit, « mon mari et moi, nous ne sommes pas les seuls. Il y a tellement d’autres parents dans cette situation qui rencontrent les mêmes difficultés que nous et ont besoin d’être aidés. »

Monseigneur,

Bienheureuse conception de la Vierge ! Malheureuse conception de l’handicapé ! Et il y en a !
Dernièrement, un père a tué son fils handicapé et s’est ensuite donné la mort. Je comprends cette tragédie. Si je n’avais la grâce de la foi, il serait possible que, dans un moment de détresse, semblable drame s’inscrive dans les faits divers.
En novembre 2004, j’écrivais à Monsieur Douste-Blazy, ministre de la Santé. Je disais mon indignation, mon courroux au sujet du débat sur l’alcool. L’alcool ingéré durant la grossesse était la cause de nombreux handicaps, déclarait-il. J’indiquais que les médicaments et autres produits chimiques étaient bien plus dangereux. Mon courrier a été transmis au Directeur général de la Santé. Les médias firent entendre alors quelques remarques sur la nocivité des produits pharmaceutiques.
Là n’est pas mon propos. S’il y a des avortements, n’est-ce pas, dans bon nombre de cas, la crainte justement de possibles handicaps ? Que fait-on pour les handicapés ? J’ai une expérience vieille de 56, 54, 50 ans. Des associations ont été créées. Elles ne suffisent pas pour absorber tous les besoins. Alors ? Marie-Alix est en hébergement, Jeanne-Marie en travail occupationnel de jour, Marguerite-Marie reste à la maison. Avec « Foi et Lumière », une dizaine de réunions par an. Je n’y suis jamais allée de gaieté de cÅ“ur, une ou deux de mes filles ne désirant pas s’y rendre. Pour moi, toujours avec des handicapées, cela torturait mon cÅ“ur et mon esprit sans contrepartie. Depuis très longtemps, on me demandait d’écrire ce qu’était ma vie. Jamais je n’ai osé le faire de crainte de donner des arguments aux avorteurs. En effet, notre épreuve fait le vide aussi bien dans les paroisses (à se demander s’il y a des handicapés parmi les chrétiens) où nous sommes tolérés, mettons acceptés, que dans la société où l’on nous évite. Il est beau de dire que le handicapé est l’icône du visage du Christ. A qui cela fait du bien ?
Si les handicapés - surtout les handicapés mentaux qui ne savent s’exprimer - étaient vus comme des personnes à part entière, il y aurait moins de problèmes dans la société, moins d’avortements. Si je vous dévoile aussi crûment mes sentiments, c’est pour qu’ils soient répercutés : nos problèmes sont les problèmes de tous les parents d’enfants handicapés. Je veux que l’on sache comment soutenir les handicapés et leur famille. Pour les aider, les solutions se trouvent dans la compréhension des vies de chacun au point de vue civique et chrétien.
Monseigneur, ce n’est pas seulement pour moi, mais pour tous ceux qui vivent un calvaire à longueur de journée que je crie mon désarroi. Je m’excuse du ton et de la tournure de cette lettre. Vous êtes un porte-parole, c’est pourquoi je me suis autorisée à l’écrire.

En union de prière. (lettre signée)

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Le cri persévérant de l’Église

« La qualité d’une société ou d’une civilisation se mesure au respect qu’elle manifeste envers les plus faibles de ses membres. Une société techniquement parfaite, dans laquelle seuls sont admis les membres pleinement productifs et dans laquelle celui qui ne rentre pas dans ce modèle ou est incapable de remplir son rôle devient marginal, est mis à l’écart ou pis encore, éliminé, devrait être considérée comme radicalement indigne de l’homme, même si elle s’avérait avantageuse au plan économique. Elle serait en effet pervertie par une sorte de discrimination non moins condamnable que la discrimination raciale, à savoir la discrimination des forts et de ceux qui sont sains à l’encontre des faibles et des malades. Il faut affirmer en toute clarté que la personne handicapée est l’un d’entre nous, participe à notre humanité même. Reconnaître et promouvoir sa dignité et ses droits, c’est reconnaître et promouvoir notre propre dignité et nos propres droits. » (Document du Saint Siège pour l’année internationale des personnes handicapées ; 4 mars 1981)

Mgr Gérard Daucourt
Evêque de nanterre

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