Diocèse de Nanterre
voir la rubrique voir la rubrique voir la rubrique voir la rubrique voir la rubrique
Accueil > Archives > Anciens numéros d’ Eglise des Hauts de Seine > 2004-2005 > octobre 2004 - n°304 > Message de l’évêque
octobre 2004 - n°304

 Message de l’évêque
DES HAUTES PYRENEES AUX HAUTS-DE-SEINE

Un chrétien qui témoigne

Le message délivré par Jean-Paul II à Lourdes, les 14 et 15 août derniers, s’adressait particulièrement aux catholiques de France. En le résumant, je le transmets aux catholiques des Hauts-de-Seine. Un vieillard infirme s’est fait pèlerin courageux, un homme de prière s’est mis publiquement à l’école de la Mère du Christ pour annoncer l’Évangile. Le premier message est là, dans toute la personne et toutes les attitudes du Saint-Père :

- Il rappelle la valeur et la dignité de tout être humain, en particulier de toute personne âgée, quels que soient sa santé, son âge, ses capacités.
- Nous sommes appelés à aimer jusqu’à notre dernier souffle et c’est possible avec le courage, la foi, l’aide des autres.
- Une vraie dévotion mariale, enracinée dans la Parole de Dieu, n’est pas ringarde et, pour les catholiques, cette proximité de Marie, par le Christ, dans la communion des Saints, n’est pas une matière à option.
- La force se déploie dans la faiblesse. Le Pape a montré que ce paradoxe peut être une réalité vécue.

La majorité des médias - même non confessionnels - a relevé ce message. Les comparaisons entre ce corps presque paralysé et les beaux corps des athlètes aux jeux olympiques d’Athènes n’ont pas manqué. Pour faire réfléchir : Il faut se méfier des comparaisons simplistes. Mais comment ne pas faire le rapprochement ? A l’heure où, à Athènes, s’exhibent des corps d’athlètes dans leur perfection, l’Église, elle, donne à voir, à Lourdes, sans complexe ni ostentation, des corps meurtris et souffrants. Traduction de l’opposition depuis toujours entre la tentation hédoniste et le message évangélique fait d’intériorité. (René Poujol ; Pèlerin, 19 août 2004). Ou, pour stigmatiser une forme de fragilité de notre Église perçue seulement comme une institution : Le corps souffrant du Pape montre sa participation aux communes misères qui ont mené tant d’autres corps blessés et leurs brancardiers sur les bords de l’Adour. On peut aussi y voir l’image incarnée d’une fragilité de l’institution romaine, historiquement inédite depuis ses débuts triomphants dans l’Antiquité déclinante. Coïncidence ? Cette même Antiquité fait, elle, un spectaculaire retour, à Olympie chez Jupiter, avec les beaux corps de femmes et d’hommes presque nus qui dansent sous la claire lumière grecque. (Gérard Dupuy ; Libération, 14-15 août 2004)

Un pasteur qui enseigne

Le deuxième message fut la parole du pasteur. Pour confirmer la foi des catholiques, en ce 150ème anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, ce n’est ni plus ni moins qu’un appel à la résistance spirituelle, qu’il ne faut pas confondre avec certaines condamnations globales et sans appel de la société d’aujourd’hui, ni avec des regrets pleurnichards sur le passé de l’Église ou sur le monde, ni avec ces déclarations accusant pêle-mêle le Concile, les évêques, les prêtres de toutes les épreuves que peut connaître l’Église aujourd’hui. La résistance spirituelle est l’Å“uvre de l’Esprit en nous, quand nous nous laissons conduire par Lui, à la rencontre de Dieu et des autres, sur les chemins de la confiance et de la joie.

Un peuple qui adore

De joie, il en fut question quand Jean-Paul II s’adressa aux jeunes : « Écoutez d’abord, vous les jeunes, vous qui cherchez une réponse capable de donner sens à votre vie. Vous pouvez la trouver ici. C’est une réponse exigeante, mais c’est la seule réponse qui vaut. En elle, réside le secret de la vraie joie et de la paix. » Ce que la Vierge dit à Lourdes c’est : « Conversion, pénitence, prière ». Ce qu’elle dit par toute sa vie, c’est : « disponibilité, joie, service ». Le Pape invite sans détour les jeunes à suivre ce programme qui conduit au Christ. Il appelle les jeunes à l’intériorité. Pour les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse, à Cologne, il leur propose l’adoration avec ce thème tiré du récit évangélique de la visite des mages : Nous sommes venus l’adorer.

La vie courante est pleine de difficultés et de dangers pour la vie intérieure, et pas seulement pour celle des jeunes. Comment trouver des moments et des lieux propices à l’indispensable adoration de Dieu Amour ? « L’année de l’Eucharistie » proposée par le Saint-Père à toute l’Église catholique et « l’Année de la Parole » que je propose à notre diocèse nous y aideront sûrement, car l’Église ne cesse pas, surtout dans la sainte Liturgie, de prendre le Pain de Vie sur la Table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. (Vatican II ; Constitution sur la Révélation Divine ; 21) Une occasion nous est offerte de nous tenir en adoration devant le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ. Il se communique par la Parole et les Sacrements.

Je souhaite que soit proposée au plus grand nombre - y compris aux enfants et aux jeunes - la lectio divina qui part de l’Écriture pour rejoindre la vie, ou de la vie pour rejoindre l’Écriture. Que soit proposée aussi l’adoration eucharistique, non comme une dévotion isolée, mais comme un prolongement de la célébration de l’Eucharistie et comme une source de la mission.
Notre vieux Pape, toujours plus affaibli, s’approche de la fin de son pèlerinage terrestre. Il est vraisemblable qu’en certains domaines, le « gouvernement central » de l’Église catholique se ressente des limites qu’impose à Jean-Paul II son état de santé. Gardons-nous cependant de nous laisser influencer par des critères mondains et de passer à côté de tout ce que nous donne ce « géant spirituel », en actes et en paroles, pour que nous grandissions dans la joie et la liberté.

Le 15 août dernier, en gare de Lourdes, un homme d’une trentaine d’années, au teint basané, a entamé la conversation avec moi : « Je ne suis pas chrétien. Je suis hindouiste. Je travaille dans une banque. Je suis venu d’Angers et j’ai passé la nuit dehors. Les messages du Pape m’aident beaucoup. Je tenais absolument à voir en direct ce témoin exceptionnel de l’amour et de la paix ».

Rentrant chez moi, j’ai eu hâte de relire les paroles d’accueil de l’évêque de Lourdes, accueillant le Saint-Père. Elles disent si bien qui est Jean-Paul II pour nous : « Vous êtes certes le Pape, le père, le docteur de la foi, le défenseur de la vie, comme les papes des anciens temps étaient les défenseurs de la cité, l’apôtre de la nouvelle évangélisation. Mais depuis près de vingt-six ans que nous vous connaissons comme Pape, vous êtes devenu l’ami des bons et des mauvais jours, ami exigeant mais toujours cordial et chaleureux ».

Gérard Daucourt
Évêque de Nanterre

<< Retour à la page précédente