Diocèse de Nanterre
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juin 2006 - n°322

 Message de l’évêque



Silences et paroles

Pour annoncer l’Évangile, nous devons parfois nous taire, parfois parler. Discerner ce qui est préférable n’est pas toujours aisé. Il est indispensable de demander la lumière du Saint-Esprit dans la prière et dans la réflexion avec d’autres chrétiens. Il est bon aussi de reprendre les Évangiles et de voir quand Jésus choisissait de parler et quand il préférait se taire.

Discrétion ou intervention publique ?

Dès que le dernier projet de loi sur l’immigration a été connu, des pressions ont été exercées par des associations, confessionnelles ou non, pour que les évêques prennent position publiquement. Le Conseil permanent de l’épiscopat a choisi de se taire pendant de longues semaines, durant lesquelles il a étudié le texte avec des experts. Deux évêques ont été ensuite délégués pour dialoguer au nom de l’épiscopat avec le ministre de l’Intérieur et ses collaborateurs. Une journaliste, pendant ce temps-là, a parlé du « Conseil permanent étrangement silencieux ». Des paroles d’Église devaient ensuite être publiques : quarante-cinq associations chrétiennes publièrent leur point de vue, mettant en cause le projet de loi sur plusieurs points. Dans une démarche Å“cuménique, le Conseil des Églises Chrétiennes a fait de même, ainsi que des évêques s’exprimant dans les médias. Le reproche est venu d’ailleurs, et pour d’autres raisons. Des responsables politiques et des catholiques ont contesté aux évêques, et aux catholiques en général, le droit de parler sur un sujet comme celui de l’immigration. Pour nous demander de nous taire, certains ont même invoqué la loi de séparation de l’Église et de l’État (1) !

Dénonciation publique ou soutien caché ?

Dans de nombreux pays, les chrétiens connaissent une persécution directe ou indirecte, violente ou sournoise. Un livre publié récemment fait le tour d’horizon des persécutions anti-chrétiennes dans le monde2. Nous ne devons pas manquer une occasion d’exiger publiquement la liberté religieuse pour nos frères et sÅ“urs persécutés. Depuis plus de trente ans, la communauté copte d’Égypte fait régulièrement l’objet d’agressions physiques. La tension était devenue plus forte, et il y eut mort d’hommes dans la période où le Président de la République était en visite en Égypte. A ma connaissance, celui-ci n’a rien dit publiquement pour appeler au respect d’une minorité (7 millions de coptes en Égypte !). Est-ce parce que cette minorité est chrétienne ?

J’ai des amis chrétiens persécutés dans certains pays, mais leur communauté est si petite que le moindre détail donné publiquement sur leur situation permet à leurs persécuteurs de les repérer et de les oppresser davantage. Ils ne peuvent être soutenus que de façon cachée et avec prudence.

Défendre ou éduquer la foi ?

Dans le roman et le film Da Vinci Code, le Christ, l’Église, les Évangiles, la foi chrétienne et l’histoire sont bafoués. Il est nécessaire de réagir et de répondre à l’attente des spectateurs et des lecteurs, car beaucoup sont troublés ou s’interrogent. Des initiatives de toutes sortes ont été prises : livres, revues, tracts, sites Internet, émissions de télévision, rencontres-débats. Ce sont des paroles ou des écrits publics qui sont utiles. La sortie du film a constitué un événement bientôt chassé par un autre. Restera alors le nécessaire travail silencieux d’éducation de la foi des chrétiens de tous âges et la persévérance dans l’annonce de la Bonne Nouvelle partout et pour tous.

Evangéliser en paroles et en silence

Nous sommes convaincus de notre devoir d’annoncer le Christ. Nous remplissons cette mission plus ou moins bien. Jamais bien si nous prétendons la remplir seuls. C’est l’Église entière qui est évangélisée et qui évangélise. Des chrétiens et des chrétiennes sont appelés à annoncer l’Évangile dans les communautés, pour qu’elles se laissent toujours évangéliser. Ce sont les parents, les éducateurs, les catéchistes d’enfants, de jeunes et d’adultes, les prêtres, les diacres et les évêques. Mais tous les chrétiens doivent annoncer le Christ à ceux qui ne le connaissent pas. Tous, nous devons avoir l’audace de parler, sans crainte des réactions. Nos paroles cependant ne produiraient aucun effet si nous ne montrions pas comment l’Évangile nous fait vivre. Souvent nous ne pouvons pas annoncer l’Évangile avec des paroles, mais il est réellement annoncé si nos vies lui sont conformes. Le pape Jean-Paul II a précisé dans son encyclique sur la mission : « La première forme de témoignage est la vie même du missionnaire, de la famille chrétienne et de la communauté ecclésiale, qui rend visible un nouveau mode de comportement... Tous dans l’Église, en s’efforçant d’imiter le divin Maître, peuvent et doivent donner ce témoignage ; dans bien des cas, c’est la seule façon possible d’être missionnaire. (N°42) ». Quant au pape Benoît XVI, il nous a dit, dans son encyclique “Dieu est amour”, que « le chrétien sait quand le temps est venu de parler de Dieu et quand il est juste de Le taire et de ne laisser parler que l’amour. Il sait que Dieu est Amour et qu’Il se rend présent précisément dans les moments où rien d’autre n’est fait sinon qu’aimer. (N°31) ».

(1) Les catholiques ont le droit et le devoir d’intervenir en offrant l’éclairage évangélique sur tout ce qui concerne l’homme et la société. Voir à ce sujet la lettre du pape Jean-Paul II aux évêques de France du 11 février 2005 et le discours de Benoît XVI au nouvel ambassadeur de France auprès du Saint Siège, le 19 décembre 2005. Ces deux textes sont disponibles sur le site Internet du Vatican.

(2) Persécutions anti-chrétiennes dans le monde ; rapport 2005 ; Thomas Grimaud ; Édition Aide à l’Église en Détresse.

Gérard Daucourt
Evêque de nanterre

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