Diocèse de Nanterre
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décembre 2004 - n°306

 Message de l’évêque

Ces murs qui cachent la crèche !

Construire ou abattre des murs

Tant de murs en nous et autour de nous freinent ou même empêchent l’accès au mystère de Noël !

Avant d’user du langage symbolique, il faut, hélas, d’abord parler de ce mur entre Israéliens et Palestiniens, construit pour des raisons de sécurité, et qui est signe de l’échec de si nombreuses tentatives de dialogue pour la paix. Incroyable ! Si peu de temps après la chute du sinistre mur de Berlin ! Intolérable ! Osons le dire en étant farouchement « pro paix » (ni pro palestinien, ni pro israélien). Jean-Paul II a osé. Certains ont pourtant mis un mur entre ses propos. Ils n’ont retenu que sa formule expressive, « Ce n’est pas de murs dont la Terre Sainte a besoin, mais de ponts. », alors qu’il l’avait accompagnée de sa « ferme condamnation de tous les actes terroristes accomplis ces derniers temps en Terre Sainte ». On connaît l’effet dévastateur de « la barrière de sécurité » sur la population locale, la communauté chrétienne et les pèlerins hésitants. Les quelques kilomètres qui entourent Bethléem (sur les 250 construits et les 700 prévus, paraît-il) ont aussi pour moi un impact symbolique très fort : des plaques de béton de huit mètres de haut cachent ou enferment le lieu de la naissance du Prince de la paix et les champs d’où les pauvres se sont mis en route, parce qu’ils avaient entendu chanter : « Gloire à Dieu et paix aux hommes ».

Tant de murs aujourd’hui empêchent l’humanité d’accueillir la paix et de connaître Celui qui est notre Paix ! (Eph. 2, 14) Qui les construit ? Moi, vous et tant d’autres. Les murs séparateurs de toute sortes sont innombrables. On peut se contenter de les désigner et de dénoncer leurs constructeurs. En ce temps de Noël, saluons plutôt tous ceux et celles qui ne baissent pas les bras. L’espérance chevillée au corps, passionnés pour l’homme et le bien commun, ils fissurent les murs qui séparent dans notre société. Ils s’engagent dans des organisations laïques ou confessionnelles, dans les municipalités et les organismes de l’État, dans les associations de parents d’élèves, d’habitants d’immeubles ou de quartiers, dans des syndicats ou des partis politiques, au Secours Catholique ou au CCFD, aux Conférences Saint Vincent de Paul, à l’Ordre de Malte, à l’Å’uvre d’Orient ou encore auprès de l’Aide à l’Église en Détresse. Tous ceux qui parmi eux sont chrétiens savent qu’aucun matériau, aucune structure n’empêchera jamais les forces de la solidarité de passer, surtout quand elles prennent leur source dans cet Amour qui nous vient de la Crèche et de la Croix, qui remet l’homme debout et ressuscite. Les murs fissurés finissent toujours par s’écrouler !

La foi pour franchir les murailles

Avec mon Dieu, je franchis les murailles (Ps 18, 30). La foi est un don de Dieu. Nous ne pouvons que la demander, l’accueillir et en vivre. Par la foi, nous reconnaissons que l’enfant de Bethléem et le Crucifié du Calvaire est le Fils de Dieu fait homme. Souvent l’intelligence peine à participer humblement à l’accueil de la foi. Elle veut comprendre tout et tout de suite. Beaucoup de nos contemporains - y compris des baptisés - ne peuvent entendre parler d’une Vérité révélée qui, pour permettre d’entrer dans le mystère, demande l’obéissance de la foi, l’autorité de la Tradition apostolique et celle du Magistère de l’Église.

Un livre qui cherchait avant tout à démontrer l’impossibilité de la conception virginale de Jésus et de la virginité perpétuelle de Marie, a pu rencontrer récemment un certain succès. Pourquoi ? Il faut bien constater que souvent, d’une part, on demande des affirmations simples qui n’interrogent pas trop la raison et « font moderne », et que d’autre part, on accueille les théories les plus « tarabiscotées », qui font appel avant tout à l’émotion et sont véhiculées aussi bien dans des romans qu’à travers les multiples expressions du « New Age ». Alors « Noël, joli conte » fait toujours recette pour les enfants et pour cette part d’enfance qui subsiste en nous. Par contre, pour un grand nombre, la conception virginale d’un enfant vrai Dieu et vrai homme (« conçu du Saint Esprit, né de la Vierge Marie ») ne « passe » pas. La Résurrection parfois ne joue plus que le rôle de symbole pour ne pas désespérer (« Courage, les gars, on s’en sort toujours, voyez Jésus ! ») On pourrait ici donner aussi une longue liste de murailles qui se dressent dans les esprits et dans les cÅ“urs et empêchent d’accéder au mystère de Dieu révélé dans le Christ.

La foi ne demande pas la démission de l’intelligence et chaque baptisé marche à son rythme sur son chemin de foi, mais nul ne peut marcher seul. Guidés par l’Esprit Saint, nous avançons en Église, nous soutenant tous les uns les autres et appréciant le soutien particulier des Pasteurs. Par la foi, les murs de Jéricho tombèrent (He. 11, 30). Mais il fallut d’abord en faire le tour pendant sept jours, avec l’Arche d’Alliance, précédée des fameuses trompettes. Aujourd’hui, dans l’annonce de la Bonne Nouvelle, nos trompettes doivent émettre un son clair et fort (cf. I Co. 14, 18) si nous voulons que s’écroulent les murailles qui empêchent de découvrir le Christ.

La lumière qui traverse tous les murs

Nous voici spirituellement en pèlerinage vers la grotte de la Nativité. Nous prenons place parmi les bergers. Un immense élan nous saisit. Nous voudrions que le Prince de la paix soit reconnu et accueilli dans tous les cÅ“urs. Nous voudrions que sa paix règne dans toute l’humanité. Nous nous réjouissons de voir des démarches de réconciliation, des engagements pour la justice, sans laquelle il n’y a pas de paix, certains progrès sociaux et quelques manifestations de solidarité internationale. Mais devant la quantité de murs qui divisent l’humanité et accablent l’homme et le monde, nous nous sentons comme paralysés. S’y ajoute la constatation de nos faiblesses, de notre pauvreté et de nos réactions d’orgueil et d’égoïsme, constatation qui renforce notre sentiment d’impuissance. Nous en arrivons à nous croire totalement incapables, et finalement à nous mépriser nous-mêmes. La tristesse menace de tout envahir en nous et d’être permanente, parce que nous n’arrivons pas à remplir notre mission, parce que nous nous imaginons que nous ne sommes pas à la hauteur de Dieu. Mais voici que Dieu lui-même s’est mis à notre hauteur en venant habiter nos fragilités, en étant vrai Dieu et vrai homme dans la Crèche de Bethléem et sur la Croix du Calvaire. Nous sommes pauvres, mais le mur du mépris de nous-mêmes s’est effondré pour toujours : nous sommes aimés, nous sommes sauvés, Dieu compte sur nous. La lumière de Pâques éclaire la Crèche et la Croix, et aussi notre pauvre cÅ“ur. Aucun mur ne peut ni ne pourra l’arrêter !

Mgr Gérard Daucourt
Evêque de nanterre

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