Diocèse de Nanterre
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Décembre 2008

 Message de l’évêque


Rendez-vous à la maison du pain

Les Temps de l’Avent, de Noël et de l’Épiphanie nous invitent à nous rendre à Bethléem par les chemins de la foi. Dans cette bourgade, dont le nom signifie « maison du pain », est né le Pain descendu du ciel (Jn 6, 50), Celui en qui se trouve la plénitude de la divinité (Col. 2, 9), c’est-à-dire la plénitude de Dieu Amour. Comment recevons-nous et partageons-nous le Pain de la Vie ? Pain de la Parole L’affirmation de Jésus Je suis le Pain de la Vie concerne non seulement sa présence dans le Pain eucharistique, mais tout autant sa présence dans la Parole. La Constitution conciliaire Dei Verbum l’a rappelé : L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a toujours fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la Sainte Liturgie, de prendre le Pain de Vie sur la Table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ pour l’offrir aux fidèles.

Le pain de la Parole est à manger. La Parole est nourriture. Les prophètes Jérémie (1, 10 ; 15, 16) et Ezéchiel (3, 1-11) en ont fait l’expérience. Le témoin de l’Apocalypse également, sinon il n’aurait pas pu remplir sa mission de prophète (10, 8-11). Comment prétendrions-nous remplir la nôtre si nous ne mangeons pas la Parole, si nous ne la laissons pas pénétrer chaque jour en nous, si nous ne l’assimilons pas par la méditation ?

Soyons concrets ! Si vous voulez vraiment accueillir la grâce du Temps de l’Avent et vivre un Noël chrétien, méditez la Parole que l’Église vous propose. A tous ceux d’entre vous qui sont pressés ou surchargés, je dis : « Ne cherchez pas d’excuses. Faites au moins le minimum. Cela vous prendra trois minutes de lecture. Ajoutez-y cinq minutes d’écoute silencieuse pour comprendre le message personnel que le Seigneur vous adresse. Procurez-vous Prions en Église ou Magnificat, qui publient les textes de la Parole pour chaque jour. Ou achetez (pour quelques centimes !) le calendrier liturgique qui va de l’Avent 2008 à l’Avent 2009 et qui vous permet de trouver dans votre Bible les textes quotidiens. »

Le 24 octobre dernier, a été publié le Message des Pères du synode sur la Parole dans la vie et la mission de l’Église. On le trouve sur le site du Vatican : www.vatican.va (ceux qui n’ont pas Internet peuvent bien le demander à un ami ou à leur paroisse ! ...). Pour préparer et vivre Noël autrement, je conseille la lecture de ce merveilleux message de neuf pages que ses auteurs présentent ainsi : « Nous proposons un voyage spirituel qui se réalise en quatre étapes et qui, de l’éternité et de l’infinité de Dieu, nous conduira jusqu’en nos maisons et le long des murs de nos cités. »

Le Pain de l’Eucharistie

Je ne peux pas parler ici du mystère eucharistique dont les richesses sont sans limites. Je fais seulement quelques remarques pratiques sur nos attitudes quand nous recevons et mangeons le Pain eucharistique. Ce qui est requis avant tout et toujours, c’est évidemment la foi. Je crois que je rencontre et reçois le Christ Sauveur du pécheur que je suis. Je crois qu’il est réellement présent sous les apparences du Pain et du Vin. Je crois qu’Il s’unit à moi et m’unit à son Corps mystique, qu’est l’Église. Je crois qu’Il m’envoie avec tous les baptisés vers l’humanité qu’Il aime et pour laquelle Il donne sa Vie. Manger le Corps du Christ est toujours une démarche personnelle, mais jamais individuelle, parce que le Christ n’est jamais seul. Dans la communion du Saint Esprit, Il est un avec le Père, auquel Il s’offre avec son Église pour toute l’humanité.

Quand nous communions, il est impossible de manifester extérieurement en quelques instants toute la richesse d’une telle foi. Ce n’est pas le moment de multiplier les gestes et les attitudes. L’essentiel est d’exprimer notre foi par le plus grand respect.

Les manifestations de ce respect découlant de la foi au Christ présent dans le sacrement ne sont pas uniformes. On peut librement choisir de recevoir le Pain vivant sur la langue ou dans la main. Nul, sous aucun prétexte, ne peut imposer une attitude plutôt qu’une autre. C’est avec beaucoup de délicatesse qu’il faut donc en informer enfants et adultes se préparant à leur première Communion. J’ose faire des remarques encore plus précises : que ceux qui communient sur la langue ouvrent la bouche et n’enduisent pas les doigts du ministre de salive (ou de rouge à lèvres !). Que ceux qui communient dans la main suivent les conseils du temps où, depuis la première Cène, tous communiaient dans la main. Comme nous y invite saint Cyrille de Jérusalem, qu’ils fassent un trône au Christ en mettant une main sous l’autre. Attraper l’hostie entre deux doigts, comme on attrape un morceau de sucre avec une pince, n’est pas acceptable. Que les communiants dans la main se retirent aussi pendant trois secondes sur le côté pour mettre le Corps du Christ dans leur bouche et manifester ainsi plus de respect qu’en le mettant dans leur bouche, tout en marchant, comme n’importe quelle nourriture ordinaire. Une fois qu’il a mangé le Pain de la Vie, le fidèle manifeste son appartenance au peuple que Dieu nourrit. Pour cela il participe au chant de l’assemblée, mais le recueillement de la foi est parfois aussi exprimé par un cantique de la chorale ou par l’orgue. A chaque messe, sauf exception, le célébrant doit assurer un moment de silence pour un recueillement plus personnel. Il ne me paraît pas bon que l’orgue ou un autre instrument s’introduise dans ce silence sous prétexte de soutenir la méditation.

Pain du partage

A Bethléem, maison du pain, la table est celle d’Emmaüs. Nous en repartons pour vivre et témoigner de l’amour que nous y avons reçu. La dimension sociale de l’Eucharistie a été souvent rappelée par Jean-Paul II et Benoît XVI. A l’exception des tout-petits et de ceux qui sont atteints par la maladie ou la grande vieillesse, il ne devrait y avoir aucun chrétien mangeant le Pain vivant qui n’agisse en même temps pour être sel de la terre et lumière du monde, dans sa famille, sa profession, sa cité. Nous savons qu’il ne s’agit pas seulement du bon exemple, des services rendus occasionnellement ou du chèque « pour les pauvres » à Noël. L’amour reçu dans le pain de la Parole et de l’Eucharistie, le Saint Esprit nous pousse à le partager à tous, tous les jours, chacun de nous, selon toutes ses possibilités. Une grande diversité d’associations et d’organismes, confessionnels ou non, et des partis politiques donnent l’occasion de s’engager de façon durable au service du bien commun. Il y a aussi de multiples possibilités de servir dans l’Église pour que ses communautés puissent vivre et remplir leur mission. La grande affaire est que nous disions par nos paroles et par nos actes qui est Celui qui se donne comme le Pain vivant. Nous savons que le plus important service que nous puissions rendre à l’homme d’aujourd’hui est de lui faire connaître et de lui partager la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. (Jn 6, 27)

En ces temps de l’Avent, de Noël et de l’Épiphanie, à la suite des bergers et des mages, nous allons dans la joie et avec plus d’ardeur jusqu’à Bethléem, la maison du pain, pour voir avec les yeux de la foi ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître (Lc 2, 15).

Décembre 2008

+ Gérard Daucourt
Evêque de Nanterre


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