En chemin au fil des jours

Les jours de demain, chemins d’espérance
Décembre - janvier : temps de l’échange des vÅ“ux. Les chrétiens marquent les leurs de leur foi et de leur espérance. Jésus-Christ, hier et aujourd’hui, est le même. Il l’est pour l’éternité. (He 13, 8) La Nativité et l’Épiphanie n’ont de sens que par l’événement de Pâques. L’enfant adoré par les Mages est le Fils de Dieu fait homme. Le pape Jean-Paul II invite les jeunes à Le reconnaître. Pour les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse, il leur a proposé comme thème le motif du voyage des Mages : Nous sommes venus l’adorer (Mt 2, 2).
Tout chrétien a pour mission de conduire vers le Christ. En cette année diocésaine de la Parole, puissions-nous briller comme les astres dans l’univers, en tenant ferme la Parole de vie (Ph 2, 15-16). En cette année universelle de l’Eucharistie, puissions-nous, par la solidarité et le partage, nous nourrir davantage à la Table de la fraction du pain (cf. Lc 24, 30) et inviter les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles (Lc 14, 13) au festin du Royaume.
La première en chemin
Un savoureux petit livre porte ce titre emprunté à un cantique et avec, en sous-titre, le mystère du 1er janvier(1). A travers des dialogues entre deux jeunes gens, sans rien sacrifier à l’Écriture ni à l’histoire, il nous rappelle que l’Église catholique invite à vivre le premier jour de l’année civile en célébrant le mystère de Marie, Mère de Dieu. Dans le cortège des chrétiens de tous les temps, Marie est en tête. Première en chemin, elle nous dit que nous vivrons une bonne année si nous décidons que, dans notre vie, tout se passe selon la Parole (cf. Lc 1, 38) et si nous écoutons son invitation : Faites tout ce qu’il vous dira (Jn 2, 5). Cette fête a été rétablie dans le calendrier à la suite de la réforme liturgique de Vatican II. Déjà vers la fin du VIème siècle, à Rome et dans d’autres Églises, une fête de la Sainte Vierge était célébrée le 1er janvier.
Un autre petit livre clair et précis a retenu mon attention : Marie, ce que dit la foi(2). Excellent pour éviter les terrains vagues et le brouillard dans lesquels a tenté de nous entraîner le livre de Jacques Duquesne sur Marie.
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Jours d’hier, interrogations pour aujourd’hui et demain
Dans la communion de foi de l’Église catholique, en obéissant au Christ et en imitant la première en chemin, nous pouvons méditer sur les événements d’hier pour mieux assumer nos responsabilités de chrétiens aujourd’hui et demain.
J’ai pris des notes au cours des récentes semaines. J’en livre ici quelques-unes, pêle-mêle.
• Le Secours catholique vient de nous rappeler que trois millions cinq cent mille Français vivent avec moins de six cents euros par mois. J’apprends que, durant les trois derniers mois, soixante mille chrétiens ont dû fuir l’Irak, leur pays. Actuellement, on ne parle plus du Darfour où tant d’enfants, d’adultes et de vieillards continuent d’être affamés ou massacrés.
• On annonce qu’une proposition de loi va améliorer le sort des maîtres de l’enseignement privé. Un rapprochement est prévu - à terme - des montants des retraites du privé et du public. Un texte devrait constater l’équité des carrières de ces enseignants qui passent désormais les mêmes concours de recrutement que leurs confrères du public. Ouf ! Les oppositions seront dépassées et la justice l’emportera sur l’histoire. De notre côté, il reste toujours à progresser pour que nos établissements catholiques d’enseignement soient ce qu’ils doivent être : « catholiques », s’inspirant de l’Évangile et offrant des occasions de proposition explicite du Christ et de son message.
• Ces jours-ci, par de petites informations de quelques secondes, de nombreuses radios marquent les trente ans de la loi Veil. On appelle « succès » et « amélioration de la loi » le fait, par exemple, qu’une mineure puisse avorter à l’insu de ses parents, pourvu qu’elle soit accompagnée d’un adulte majeur. L’anesthésie des consciences continue par petites doses. La banalisation de l’avortement s’affirme. L’Église catholique (« mais tais-toi : on connaît ta position. Tu es ringarde ! »), par ses autorités, beaucoup de ses fidèles et des associations, continue de rappeler que, depuis trente ans, plus de six millions d’enfants à naître n’ont pas vu le jour et que les conséquences de l’avortement font toujours deux victimes : l’enfant et la mère. Que de chantiers ouverts pour nous « les ringards » : une véritable éducation des jeunes à la vie affective et sexuelle (et pas seulement à l’hygiène sexuelle et à la prévention contre le sida et les « risques » d’une grossesse), l’écoute des femmes qui veulent avorter, l’accompagnement et le soutien de celles qui ont avorté, l’engagement pour une meilleure politique familiale, la défense de la vie de sa conception à la mort naturelle, la pastorale familiale sous toutes ses formes.
• Le 16 décembre, les vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement européens se seront prononcés sur l’ouverture de négociations pour l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Au moment où j’écris, de nombreux points de vue s’expriment. Le vice-président de la commission des épiscopats de la communauté européenne, Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, a rappelé qu’il s’agit d’un problème avant tout politique et que les questions religieuses ne doivent pas servir d’alibi dans un débat qui concerne tous les citoyens... La liberté religieuse est un droit civil. Elle fait partie des droits fondamentaux. Elle est une garantie juridique accordée par l’État à tous les citoyens et à toutes les confessions, dans le respect de l’ordre public. De son côté, Mgr Ricard, président de la Conférence des Évêques de France, dans une lettre au président Chirac, a fait part de la préoccupation de l’Église catholique quant au respect des droits fondamentaux en Turquie, notamment du droit à la liberté religieuse.
• Par imprudence, une mère de famille a tué trois policiers. Une de leurs veuves a demandé au juge de ne pas la condamner à la prison ferme par pitié pour ses enfants. Comme elle a dû prendre sur elle, pour que l’amour soit plus fort que sa souffrance ! Je ne sais si elle est chrétienne, mais je sais que la Parole de Dieu nous assure que tout être humain, chrétien ou pas, est créé à l’image de Dieu. En chacun, il y a de l’amour. Quand des hommes ou des femmes laissent sortir ce qu’il y a de plus beau et de plus fort en eux, tous les miracles sont possibles.
En chemin, au fils des jours, nous sommes appelés à « vivre l’aujourd’hui de Dieu » (frère Roger de Taizé) dans les événements ordinaires ou extraordinaires, en donnant chacune de nos journées à Dieu et aux autres.
Assassiné avec ses frères Trappistes en Algérie, en 1996, le Père Christian de Chergé avait écrit le 30 janvier 1990 : « Je sais n’avoir que ce petit jour d’aujourd’hui à donner à Celui qui m’appelle pour TOUT JOUR. Mais comment lui dire oui pour toujours si je ne Lui donne pas ce petit jour-ci... Dieu a mille ans pour faire un jour ; je n’ai qu’un seul jour pour faire de l’éternel, c’est aujourd’hui ! »
Mgr Gérard Daucourt
Evêque de nanterre
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