Missionnaire en Asie “Ad extra, ad gentes, ad vitam*”
A l’occasion des 350 ans des Missions Étrangères de Paris (MEP), Église des Hauts de Seine a rencontré le père Antoine de Monjour, prêtre de notre diocèse et missionnaire au Japon, rentré à Paris pour six années au siège des MEP, comme assistant du Supérieur général.
EHS : Comment vous est venue l’idée d’être prêtre missionnaire ?
Antoine de Monjour : « Il se trouve que j’ai eu un oncle missionnaire au Viêtnam. Je n’ai réalisé qu’il “était MEP” que tardivement ! Expulsé du Viêtnam en 1975, il est venu travailler en France, et j’ai donc eu l’occasion de le rencontrer. Un numéro spécial d’Okapi sur la Chine, à l’occasion de la mort de Mao en 1976, a retenu toute mon attention. Je me souviens aussi de la visite d’un Père blanc lorsque j’étais en équipe d’aumônerie à Ville d’Avray.
J’ai eu d’abord le souhait d’être prêtre diocésain (dès l’âge de 9 ans). En effet, de nombreux prêtres du diocèse ont beaucoup compté dans mon enfance et mon adolescence. C’est surtout à eux que je dois mon désir d’être prêtre ! Puis, à l’âge de 19 ans, l’idée de la vocation de prêtre missionnaire a germé. Ma famille, qui est catholique pratiquante, ne s’est jamais opposée au fait que je choisisse le sacerdoce.
Quand êtes-vous entré au Séminaire ?
Je suis entré au Séminaire Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux en 1984, à l’âge de 20 ans, après des études de droit, avec le souhait d’être prêtre diocésain mais je portais ce désir d’être envoyé en mission. Je suis parti en coopération en 1986, en Corée du Sud et à mon retour, j’ai fait part de mon souhait d’être missionnaire en Asie, avec les MEP, à Mgr Favreau qui a accepté. J’ai connu ma destination le jour de mon ordination diaconale. J’ai été ordonné prêtre à la cathédrale de Nanterre le 27 juin 1992 et suis parti au Japon cette même année. Je suis à la fois prêtre diocésain et missionnaire, et non religieux. Cette dimension diocésaine est très importante pour moi.
Vous êtes donc passé directement du Séminaire à votre mission de prêtre au Japon ?
Non, j’ai commencé par prendre des cours de langue au Japon durant trois années - je ne vous ai pas dit que les langues étrangères étaient pour moi un obstacle à une mission en Asie et qu’à l’origine, j’avais plutôt pensé à une mission en Afrique francophone ! - Durant la troisième année, j’ai aidé un prêtre japonais. Puis, j’ai été envoyé dans le diocèse de Saïtama, situé au Nord de Tokyo, que j’ai pris le temps de découvrir pendant un an, puis dans une paroisse, de 1996 à 2000, dont je suis devenu curé en 1997. Une paroisse d’environ 700 catholiques pratiquants (pour une ville de 400 000 habitants !).
Comment avez-vous été accueilli dans votre paroisse ?
J’ai reçu un accueil très chaleureux. En 2000, mon évêque japonais m’a envoyé en Espagne pour que j’y étudie la langue afin d’être missionnaire aussi auprès d’hispanophones - il faut savoir qu’il y a un très grand nombre de migrants d’Amérique Latine au Japon. Je suis ensuite reparti dans mon diocèse au Japon.
Parlez-nous de votre vie là-bas…
Pendant quatre ans, j’ai vécu dans une communauté très internationale et ai été frappé par l’accueil réservé aux étrangers dans la paroisse. Il existe pourtant des différences de culture très importantes entre des brésiliens, des péruviens, des philippins et des japonais ! Les étrangers sont devenus vraiment des membres de la « famille ». Plus largement, au niveau du diocèse (Saïtama), a été créée une Maison d’accueil, destinée à aider les étrangers pour leurs démarches administratives, les questions de santé et aussi les questions religieuses, comme les demandes de sacrements.
Quels sont les fruits d’une telle mission ?
Je suis touché par la manière dont les gens, avec une mentalité, une sensibilité complètement différentes s’approprient la Parole de Dieu. Une Parole qui s’enrichit de la culture de l’autre. J’aime prendre la Bible en japonais après en avoir lu un passage en français car j’y découvre autre chose. Et puis je suis touché, comme je vous le disais, par l’accueil que cette petite communauté japonaise a réservé à tous ces immigrés. Ce qui est saisissant également, ce sont le dynamisme et la vitalité des communautés catholiques au Japon, un pays peuplé de 80% de bouddhistes ou shintoïstes ! On compte 500 000 catholiques japonais et environ 500 000 catholiques non-japonais pour une population de 127 millions d’habitants !
Rentrez-vous régulièrement en France ?
Les missionnaires rentrent en France tous les trois, quatre ou cinq ans. Personnellement, j’ai été appelé au siège des MEP, en 2004, comme assistant du Supérieur général pour une durée de six ans. Je ne vous cache pas ma grande impatience de repartir au Japon, même si mon expérience ici est intéressante et ma joie de pouvoir rendre service dans mon diocèse d’origine très grande !
Mais, rappelons-le, notre vocation est « Ad extra, ad gentes, ad vitam ! » et notre devise, quand tout va mal, « vive la joie quand-même ! ».
Propos recueillis
par Anne-France Aussedat
*« A l’extérieur, aux nations, à vie ».