Près de six millions de personnes handicapées, recensées en France en 2005, sont limitées dans leur accès à la vie en société. Parmi elles, plus de 450 000 catholiques (source OCH, Office Chrétien des personnes Handicapées) ne peuvent vivre leur foi selon leurs souhaits. Or, la loi du 11 février 2005* fait une obligation à tous les établissements recevant du public (ERP) - c’est-à-dire, pour l’Église, les lieux de culte et les salles paroissiales - de faire les aménagements nécessaires afin de pouvoir accueillir les personnes handicapées suivant les normes fixées. Au-delà de l’obligation légale qui devra être respectée d’ici à 2015, les chrétiens n’ont-ils pas une obligation morale de permettre à leurs frères handicapés de pouvoir prier, nourrir leur foi, communiquer avec un maximum de facilité et dans la dignité ?
Par ailleurs, comme aime à le souligner Philippe de La Chapelle, directeur de l’OCH, « cette intégration des personnes handicapées n’est pas simplement un devoir de justice, de solidarité. Les mettre au cœur de la communauté apporte beaucoup, car elles sont des personnes évangélisatrices. Mystérieusement, les personnes les plus fragiles humanisent le monde. Elles suscitent une logique de communion. Elles nous invitent à sortir de l’individualisme pour entrer dans la rencontre où chacun a besoin de l’autre. »
Les Chantiers du Cardinal, dont la vocation est de « fournir des locaux adaptés pour que l’Église puisse enseigner et évangéliser » ont décidé de se mobiliser pour que l’Église donne l’exemple dans ce domaine. Sur proposition de son secrétaire général, Alain Grellety Bosviel, le comité directeur des Chantiers, sous la présidence de Mgr Michel Pollien, a décidé en septembre 2007 de lancer une vaste campagne de travaux qui s’étalera sur plusieurs années. Le domaine d’intervention des Chantiers est bien défini. Il s’agit de bâtiments (lieux de culte, salles paroissiales) appartenant aux diocèses ou à certaines associations immobilières paroissiales à l’exclusion des églises construites avant 1905, qui appartiennent aux communes. Compte tenu de l’ampleur de la tâche, certaines priorités ont été retenues : l’accessibilité à l’église, puis aux salles paroissiales, la mise aux normes des équipements sanitaires, enfin les aménagements pour les malvoyants et les malentendants. En 2008, 500 000 e seront consacrés à ce programme en Ile-de-France. Une démarche à la fois citoyenne et évangélique que les Chantiers du Cardinal sont fiers de mettre en œuvre pour rendre l’Église vraiment universelle.
Anne Morvan
Pour en savoir plus :
Demandez la revue des Chantiers du
Cardinal (n°181 mars 2008)
106, rue du Bac 75341 Paris cedex 07.
Tél : 01 42 22 46 86.
www.chantierscardinal.cef.fr
“Rendre nos cœurs accessibles à l’autre tel qu’il est"
L’accessibilité des lieux où se tient Jésus n’est pas vraiment une question nouvelle (« Ils découvrirent le toit de la maison où il était […] et ils descendirent par cette ouverture… », Mc 2, 4). Elle reste pourtant d’actualité. Pour ceux qui, comme notre fille Armelle, sont entravés dans leurs déplacements (parents de jeunes enfants, personnes âgées, malades ou handicapées) et pour leurs proches, c’est une réalité bien vivante.
L’accueil de tous est une préoccupation constante de l’Église et des chrétiens. Certaines paroisses ont veillé à ce qu’il soit répondu aux besoins les plus criants : stationnement et trottoirs adaptés, marches et portes franchissables, locaux accessibles.
Mais l’accessibilité est l’affaire de chacun et pas d’abord une question de rampe. Le Christ se définit lui-même comme « la porte » (Jn 10, 9) et il nous invite à nous tenir sur le seuil pour y accueillir ses invités en son nom. Peut-être pouvons-nous aplanir certains obstacles qui les empêchent encore d’entrer vraiment : abaisser nos préventions, adoucir notre regard, soigner notre accueil, surtout rendre nos cœurs eux-mêmes accessibles à l’autre tel qu’il est.
Emmanuel et Catherine Belluteau
*Le texte de la loi du 11 février 2005 et la liste complète des décrets et arrêtés d’application sont consultables sur : www.handicap.gouv.fr
Vive la boucle magnétique !
Depuis peu, Jeannine Roca* assiste à la messe de manière confortable car l’église de sa paroisse, Notre-Dame des Pauvres à Issy-les-Moulineaux, est équipée d’une boucle magnétique. Il s’agit d’un câblage qui lui permet, en positionnant son appareil auditif sur la position T (Téléphone), d’entendre, sans bruit de fond, les paroles prononcées au micro. Toutes les aides auditives n’en sont pas munies, mais il faut le demander au moment de leur achat.
Jeannine souhaiterait qu’existe un fascicule répertoriant les églises du diocèse qui possèdent ces boucles, tout comme celles qui sont accessibles aux personnes handicapées moteur. Dernièrement, la Pastorale de la santé a réalisé une enquête auprès des paroisses du diocèse. A partir des réponses reçues, on note, que sur 34 églises, 6 ont une boucle magnétique. Sur les 28 autres, 19 ne l’auront “pas prochainement”, 6 l’auront “dans un avenir proche” et une “si cela ne revient pas trop cher”. Un curé avoue qu’il ne s’était jamais posé la question, mais allait y réfléchir et un autre ignorait tout des boucles magnétiques. Certes, l’installation est coûteuse, mais l’Office Chrétien des personnes Handicapées** accorde des subventions. Il existe aussi des boucles magnétiques portatives, moins chères. (Jeannine aurait aimé en profiter par exemple lors de formations dispensées à l’évêché).
Martine Chenin
* Jeannine est volontaire pour tester les nouvelles boucles, qui ont souvent besoin de réglages.
N’hésitez pas à la contacter : 01 46 45 82 01.
jeanine.roca@wanadoo.fr
** OCH : 01 53 69 44 30.
info@och.asso.fr.
www.och.asso.fr
Lettre ouverte aux bien-entendants
« A l’opposé des sourds de naissance qui communiquent par la langue des signes, les devenus-sourds (10% de la population) ont été entendants et en gardent la langue et la culture. [...] Beaucoup de choses leur sont inaccessibles en Église. Adieu les messes où l’on ne comprend plus rien des homélies, où l’on ne peut se joindre aux chants, faute de connaître leurs références, annoncées verbalement. Et quelles difficultés pour se confesser ! Bien sûr, Dieu parle aussi aux « oreilles du cœur » et elles ne sont pas « cassées » mais pour bien L’entendre, il faut nourrir sa foi, comme on aimait le faire « avant » : retraites, cercles bibliques, groupes de prière, etc. On n’y comprend plus rien et on n’ose pas participer, de peur d’avoir mal compris. [...] Alors on se referme, on s’isole. [...].
Ces handicapés de l’ouïe sont surtout des handicapés de la communication, d’autant plus que la surdité est un handicap invisible !
Pour la comprendre (un peu), rien ne vaut de passer une journée entière, sans tricher, avec des boules Quiès dans les deux oreilles ! Essayez… »
Françoise Amiet,
membre de la
Fraternité Catholique des Sourds
du diocèse d’Annecy
Permettre à tous de participer à la messe
Utilisant moi-même un fauteuil roulant, je suis très sensible à la présence des personnes handicapées au sein de la communauté. Les amis du paralytique de l’Évangile ont tout fait en démontant le toit pour que cet homme puisse rencontrer Jésus dans la maison. Pour moi, entrer dans une église, c’est d’abord aller en présence de Jésus, mais aussi me faire proche des frères qui s’y rassemblent : quelques mots échangés à la sortie d’une messe me confirment que c’est important pour tous que je sois là ; cet échange prolonge notre prière en assemblée.
Il y a aussi les personnes handicapées mentales, comme certains servants de messe : on lit la joie sur leur visage pendant les célébrations, et je trouve que leur participation nous fait à tous un grand bien.
De nombreuses personnes âgées ont du mal à entendre : les sonorisations ne suffisent pas si les lecteurs ne surveillent pas leur diction (articulation et vitesse !).
Tout ce qu’on mettra en œuvre pour permettre à ceux qui le désirent de participer à la messe et de vivre la liturgie est très important et contribuera à rendre l’Église universelle !
Charles de Larminat
Travaux en cours, prévus ou à l’étude,
dans le diocèse de Nanterre :
• Saint-Joseph-de-Buzenval à Rueil-Malmaison : trois rampes pour accéder aux locaux paroissiaux et à l’église.
• Saint-Jean-des-Grésillons à Gennevilliers : rampe d’accès à l’église et aux locaux paroissiaux.
• Notre-Dame du Calvaire à Châtillon : rampe d’accès à l’église.
• Sainte-Bernadette à Chaville : ascenceur pour accéder à l’église.
• Sainte-Marie-Magdeleine au Plessis-Robinson : longue rampe d’accès à l’église.