Diocèse de Nanterre
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Témoignages de solidarité et charité

 Sr Anne-Marie Boussault, missionnaire contemplative dans la ville

Appelée à une vie religieuse en monde ouvrier, Anne Marie Boussault vit en communauté dans une HLM à Clichy avec trois autres soeurs Auxiliatrices de la Charité , Jehannette, Jocelyne et Marie Thérèse, engagées dans l’Eglise et dans la ville. Institutrice de métier, Anne Marie est à la retraite. Elle est responsable du second cycle de l’aumônerie des Jeunes et accompagne une équipe de Jeunesse ouvrière chrétienne, JOC. Elle témoigne du souci de sa congrégation d’accompagner dans différents lieux de vie des jeunes issus de milieux populaires, d’origines, nationalités et parfois religions différentes

« Je ne suis pas originaire du monde ouvrier. L’appel à la vie religieuse m’a permis de découvrir, choisir cette réalité en fidélité à l’Evangile et au projet de ma congrégation de nous envoyer travailler avec des prêtres et des laïcs dans des quartiers populaires.
En 1971, j’ai eu la chance de faire mon postulat à Bobigny dans une petite communauté et mes premiers pas avec une équipe de JOC. Cette première expérience m’a aidée à saisir la réalité de vie de ces jeunes, de leurs familles, à écouter ce qu’ils portaient, leurs solidarités, leurs difficultés. Les jeunes eux-mêmes m’ont interpellée pour que je reprenne mon métier en maternelle : « On a besoin d’instits conscients du monde Ouvrier ».

J’ai donc accompagné des équipes de JOC en Val d’Oise, Val de Marne et maintenant à Clichy. En JOC, nous sommes accompagnateurs et ce sont les jeunes qui essayent de prendre leur équipe en main comme responsables, trésoriers, etc. : cela demande parfois du temps et de la patience à l’accompagnateur. Être leur mémoire leur permet, avec la Parole de Dieu, de relire leur vie, celle des copains, leur vie affective, les actions faites ; les aide à voir ce qu’ils peuvent changer pour eux et avec d’autres. Les enquêtes proposées par le mouvement les invitent à regarder leur vie quotidienne dans toutes ses dimensions : recherche de formation, de logement, de ce qui existe dans le quartier comme associations... Remplir une enquête leur permet aussi d’avoir des échanges avec d’autres et un éclairage pour leur vie.

A Clichy (92)

...de l’aumônerie

A Clichy, il n’y avait plus de JOC et je ne me voyais pas démarrer une équipe à côté de ma journée d’institutrice de 6h45 à 18h30. L’aumônerie m’a été proposée. Je n’avais jamais fait d’aumônerie mais demeurer ouverte aux jeunes étant une priorité, c’est ainsi que j’ai commencé, après réflexion avec ma communauté. Mon expérience en JOC, la culture de l’action catholique m’ont donné des atouts pour comprendre ces jeunes de toutes cultures et milieux populaires, les rejoindre dans ce qui les préoccupait et ce qu’ils aimaient, les ouvrir au sens de la solidarité, du silence, de la paix, les aider à se confronter avec des textes de l’Evangile, à prier.

...au redémarrage de la JOC

En même temps, peu à peu, je leur ai fait connaître la JOC en les faisant inviter à des temps forts. De jeunes Portugais et Français ont voulu continuer après l’aumônerie. Nous avons créé une équipe et ce fut un an de cheminement avant de choisir de rejoindre la JOC, au moment de l’inauguration d’un vitrail sur la JOC à l’église St -Vincent de Paul. La fondatrice de la JOCF à Clichy, Jeanne Aubert, âgée de 92 ans, leur a envoyé une lettre qui les a beaucoup marqués et motivés pour continuer la JOC. Ils ont parlé eux-mêmes avec conviction, ont pris leur équipe en main en s’organisant comme responsables, trésoriers, secrétaire, délégué à la prière. Ils ont cherché à vivre ce que le mouvement demandait. Ils ont encore beaucoup de chemin à faire pour progresser dans leur foi, s’ouvrir aux questions d’aujourd’hui.

Vie communautaire, vie de prière

Toute cette vie avec les jeunes depuis plus de 30 ans et à l’école comme enseignante est enrichie, interpellée par notre vie communautaire. Ensemble nous partageons nos différents travaux et engagements, c’est une chance. Régulièrement nous prenons le temps de relire nos vies, de nous laisser interpeller par la Parole de Dieu. La spiritualité du carmel est importante dans ma vocation. Nous construisons cette mission ensemble et en mouvement. Envoyées et rassemblées, nous prions et remettons toutes ces vies au Seigneur.
Prendre chacune le temps de l’oraison, de la méditation de l’Evangile nous permet d’espérer que le Christ nous habite, de vivre de sa Bonne Nouvelle. Il a pris le chemin de notre humanité et nous appelle sans cesse avec Lui à vivre la mission du Père, à vivre cette passion des hommes et de Dieu, à chercher des chemins de paix, de solidarité, de justice et d’amour - « Tu as du prix à mes yeux et je t’aime »-, transforme nos regards.
S’ouvrir sans cesse à sa Parole, à sa vie, ouvre à un chemin de liberté : non pas mes oeuvres mais celles du Père. C’est vrai que souvent, dans la prière, je contemple dans la joie comment ces jeunes grandissent en humanité et comment le Christ me rend capable de croire à ces chemins qui restent toujours à inventer, à créer. »

Sr Anne-Marie Boussault